Préparer sa prise de son batterie
PRISE DE SON

Préparer sa prise de son batterie

Voici enfin le premier article d'une longue série consacré à la prise de son. Nous démarrons avec l'instrument le plus complexe et le plus intéressant pour moi à enregistrer : la batterie.

Avant de vous parler des différentes techniques de prise de son et de comment enregistrer votre batterie en tant que tel, il est bon de rappeler l'importance d'une bonne préparation de votre instrument et du lieu dans lequel nous allons réaliser la prise de son.

Comme pour n'importe quel instrument ou source sonore que vous allez enregistrer, sa qualité et son réglage vont jouer un rôle capital dans le rendu de votre prise de son, parfois même au delà du choix et de la disposition du micro, sans vous parler bien évidement du musicien qui va jouer dessus.

Mais un autre élément est primoridal pour garantir un résultat profesionnel, c'est l'environnement acoustique. En d'autre terme la pièce dans laquelle vous allez enregistrer.

Choisir le lieu de l'enregistrement

Quand j'entre dans un lieu pour enregistrer une batterie, je ne regarde pas tout de suite le matériel. Je regarde les murs, le plafond, les matériaux, la géométrie et je fais ce geste que nous faisons tous quand nous entrons dans une pièce, je frappe dans mes mains. La batterie est un instrument de pression et de volume ; elle a besoin d'air pour respirer.  Du fait des transitoires importantes et du niveau acoustique élevé, les parois trop proches, murs, sol ou plafond, sont directement et automatiquement perceptibles.

Je me doute que beaucoup ne peuvent pas se permettre d'accéder à des belles cabines, bien traitées, pour réaliser leurs prises de son...  Il est donc parfois compliqué de trouver l'endroit idéal dans lequel notre batterie pourra sonner au mieux.


Plateau idéal pour une prise de son de batterie

Suivant le style de musique que vous allez enregistrer, l'influence de la pièce va forcement jouer un rôle sur vos prises de son et donc sur votre direction artistique.

Dans une pièce basse de plafond, le son rebondit instantanément, créant une sensation d'écrasement. Pour un projet Jazz ou folk intimiste, ce côté confiné peut avoir du charme. Mais si vous cherchez ce "gros" son qui remplit l'espace, il n'y a pas de secret : il faut de la hauteur. Si le plafond est bas, je sors mes diffuseurs. C’est un petit tour de magie acoustique : en dispersant l'énergie, on donne l'illusion aux micros que les murs se sont un peu reculés.

Un espace plus confiné ou mat peut accentuer la sensation de proximité des sons dans votre production. Si vous n'avez pas les moyens de "corriger" efficacement l'acoustique de votre pièce, vous pouvez commencer par tester différentes zone pour placer votre batterie.

Dompter l'environnement

L'acoustique est un jeu de cache-cache. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai vu des batteurs s'installer machinalement au centre exact d'une pièce carrée. C'est le piège absolu ! C'est là que toutes les ondes se rejoignent pour créer un chaos de réflexions.

Baladez vous avec une caisse claire ou un tom et frappez le en essayant de déterminer les zones à problème de votre pièce. Evitez les zones où vous entendez des phénomènes de "fluter écho" ou autres résonances indésirables et soyez attentifs au zones où vous entendez des accentuations ou des pertes de fréquences (notamment dans le grave) de votre instrument comme dans les angles de la pièce par exemple.

Une prise de son à niveaux élevé avec de fortes transitoires va obligatoirement engendrer des résonnances dans la pièce et alterer le son de votre batterie. Il faut donc absolument acquérir quelques bons réflexes du point de vue de l’acoustique. Rappelez-vous que les angles droits et les parois parallèles sont vos pires ennemis ! Vous pouvez choisir de « casser les angles » afin de neutraliser les premières réflexions. Préférez un léger amortissement à l’aide de petits paravents par exemple, et gardez une peu de diffusion à l’aide d’un mur de pierre ou tout autre mur qui pourrait avoir des formes géométriques aléatoires.

Si vous êtes dans un espace cubique, évitez de vous placer au centre de la pièce, car c'est dans cette zone ou vous risquez d'entendre le maximum de réflexion des sons provenant des 4 coins de la pièce : murs, sol et plafond.

Mis à part l'importance de l'acoustique de la pièce dans laquelle vous allez enregistrer, il est évident que l'on prendra soin d'éliminer les phénomènes de "repisse" en isolant cette batterie. Dans le cadre d'une prise de son "live" il sera judicieux de déporter les amplis et autres sources sonores dans une pièce voisine, sans parler des bruits des machines : ventilateur etc.... Car comme vous vous en doutez, plus il y a de micros, plus vous capturerez des sons ambiants.

Le musicien

Bien sûr, vous êtes avant tout tributaire de l’instrument lui-même et de la manière dont il va être joué ! Un batteur qui maîtrise sa frappe et fait sonner son instrument vous rapproche singulièrement du but recherché. Bien entendu, la batterie doit être entretenue avec des peaux en bon état et accordées.

Notez qu’un musicien habitué aux séances d’enregistrement saura détecter la vibration parasite, (la peau de réverbe d’un tom qui entre en résonnance avec un autre élément ou même le timbre de caisse claire, un peu trop détendu, qui part trop facilement !) Vous pouvez l’y aider en lui demandant de jouer un élément et en écoutant un autre en solo, par exemple.

Le choix des armes

Cela parait logique, mais le choix de votre batterie est très important suivant le son que vous souhaitez. Au delà des différentes marques qu'il existe, d'autres paramètres comme la taille et la matière de vos éléments vont aussi jouer un rôle dans votre son.

Grosse caisse de 20 ou 24 pouces, caisse claire bois ou métal, la dimension des futs, le type de peaux, ride de 18 ou 20 pouces… La dimension de votre grosse caisse, va déterminer le volume de grave que vous souhaitez obtenir, n'espérez pas obtenir des sons que votre grosse caisse ne peut pas produire. Si vous manquez de grave essayez une grosse caisse plus profonde.

Il en va de même pour les caisses claires : la dimension, la matière et la peau sont des facteurs déterminants. J'ai toujours été très sensible au son des toms sur une batterie, leurs conceptions, le nombre de plis, et les peaux, font varier leur son.

Faites des tests pour déterminer ceux qui sont les plus appropriés à votre production.

Pour les peaux, il faut se baser sur deux critères : l'épaisseur et la finition. Dans la marque Remo par exemple, vous avez 3 épaisseurs : fine, médium et épaisse et 3 sortes de finitions : transparente, blanche et sablée. Ces paramètres vont jouer essentiellement sur les harmoniques du son.

Prise de son batterie : Le guide complet
Prise de son batterie : Le guide complet

On peut diviser les batteries en deux familles. Alors que les batteries jazz vont plutôt utiliser des peaux sablées, fines et résonnantes favorisant les longueurs de notes, les instruments destinés au rock, au funk ou la musique binaire vont majoritairement être équipés de peaux synthétiques qui sonnent plus compressées. De la même manière, les secondes auront presque toujours une peau de résonnance de grosse caisse percée ou même enlevée alors que les batteries jazz conservent souvent leurs doubles peaux. Leurs hauteurs et longueurs de notes priment sur l’impact. Il est donc important d’orienter la prise « dans le sens du vent ». Il serait contreproductif de rechercher un son trop éloigné de la nature de l’instrument.

L'art de l'accordage : comment faire chanter votre batterie
Prise de son batterie : Le guide complet

Après avoir choisi le lieu idéal pour votre enregistrement, il est temps de passer à l'étape la plus intime du batteur : l'accordage. Un fût bien accordé n'a pas besoin d'artifices pour briller. Voici le chemin à suivre pour obtenir un son professionnel, étape par étape.

Commencez par serrer les différents tirants en progressant en forme d'étoile. C'est à dire en prenant le tirant opposé au précédent et ainsi de suite... Il ne doit pas y avoir de gondolage, si c'est le cas, tendez encore ou vérifiez le chanfrein (au bord du fût). N'hésitez pas à tendre généreusement jusqu'à entendre de léger craquements. Vous pouvez presser un peu la peau avec votre main au centre. Il est préférable de commencer par la peau de résonance pour faciliter l'accordage de la peau de frappe. L'idée est d'avoir la même note en frappant prés des différents tirant. Il faudra ensuite accorder les fûts entre eux, c'est à dire qu'ils ait chacun une note de résonance cohérente les uns des autres, et en rapport avec le style de musique.

1. La fondation : La peau de résonance

Tout commence par le dessous du fût. La peau de résonance est la clé de la vibration.

  • Installation : Posez la peau et cherchez le point de contact où la résistance du bord est la plus faible.
  • Serrage manuel : Placez le cerclage et vissez les tirants à la main (pouce et index) jusqu'au maximum possible avant d'utiliser la clé.
  • La mise en tension : Utilisez la clé de batterie pour visser chaque tirant d'un demi-tour en suivant un système d'étoile. Pour des peaux neuves, répétez ce processus cinq fois (soit trois tours complets par vis) pour assurer un placement homogène.

2. Trouver la clarté du fût

Soulevez le fût et frappez-le : vous devez obtenir un son clair et sans distorsion. Si ce n'est pas le cas, resserrez chaque tirant d'un demi-tour supplémentaire. Une fois cette base établie, posez le fût sur une surface douce et tapotez à 3 cm de chaque tirant. L'astuce est d'écouter attentivement pour que la résonance soit strictement identique partout. Un fût correctement accordé se suffit à lui-même. Si vous avez besoin d'atténuer le son, privilégiez les gels ou les anneaux atténuateurs plutôt que le ruban adhésif, qui risque d'altérer la nature même de la peau. Soyez patient : avec le temps, vous trouverez la résonance optimale de vos fûts en un clin d'œil.

3. La peau de frappe : Tonalité et Attaque

C'est elle qui détermine le caractère de votre son. Procédez de la même manière que pour la peau de résonance.

Note technique : Si vous utilisez des peaux à deux plis, elles contiennent souvent une couche de colle. N'ayez pas peur d'appliquer une pression manuelle sur la peau ; il est normal d'entendre des craquements.

4. L'équilibre et la relation entre les peaux

Le secret d'un bon son réside dans le ratio entre vos deux peaux. Voici trois réglages classiques selon le rendu souhaité :

  • Le son "Punchy" : Peau de frappe détendue et peau de résonance légèrement plus tendue.
  • Le son Ouvert : Tension identique sur les deux peaux pour un résultat "chantant".
  • Le son "Boueux" : Peau de frappe très tendue et peau de résonance détendue.

Si vous tendez la peau de frappe sans que la note ne change, c'est le signe qu'il faut ré-accorder la peau de résonance.

5. Harmoniser l'ensemble du kit

Chaque élément doit avoir sa propre identité tout en restant cohérent avec les autres. L'idéal est de viser un intervalle de trois ou cinq notes entre chaque fût. Par exemple, si votre grosse caisse est en Do, vous pouvez accorder votre tom basse une octave plus haut (Do également), puis monter vos autres toms en Mi et Sol, pour finir avec une caisse claire à l'octave supérieure du tom basse.

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