Le micro ultime, légendaire, classique et incontournable. Absolument tout le monde, tous styles et époques confondus, a un jour chanté dans un Neumann U47 : Frank Sinatra, Elvis, Nat King Cole, Ella Fitzgerald, Bob Dylan, David Bowie, les Beatles, Pink Floyd, Thom Yorke (Radiohead), Jim Morrison (The Doors), Stevie Wonder, Robert Plant, Mick Jagger, Elliott Smith, Aretha Franklin, Johnny Cash, Miles Davis, John Coltrane, Rod Stewart, Alanis Morissette, James Brown, Tony Bennett, Amy Winehouse, Lady Gaga… La liste est sans fin.
Tout studio professionnel digne de ce nom se doit d'en posséder un — ou au moins une copie.
Tout a été dit et redit sur le U47. Il y a beaucoup d'informations en ligne, très documentées et sourcées. Parfois très, voire trop précises, mais aussi parfois trop approximatives, dans le désordre, incomplètes et éparpillées sur des articles de blogs et des forums abandonnés. Je te propose donc un article le plus complet possible sur le Neumann U47 — une vision globale qui donne un maximum de clés pour comprendre ce micro, son fonctionnement et son utilisation.
J'ai étayé mes recherches d'entretiens avec des techniciens et de grands ingénieurs du son que je remercie infiniment pour leur temps et leur patience : Marc Henry de l'atelier du microphone, Sammy Maujard des micros griffon, Peter Claes et Pierre Jacquot, ainsi que Julien Basseres et Hans Martin Buff.
Néanmoins, il se peut que des erreurs ou des manquements soient présents. Si tu as des informations ou si tu souhaites me communiquer de nouveaux éléments, tu peux me contacter sur mon site.
Tu trouveras ici l'histoire complète des micros Neumann et des liens vers chacun de leurs micros. Par ici, une playlist historique Spotify 100% U47 !
L'histoire du Neumann U47
Le développement du Neumann U47 commence en 1945. Les premières versions sont présentées en 1947 au German broadcast trade show, genre de salon professionnel comparable au NAMM. Il est commercialisé en 1949. C'est le premier micro à proposer 2 directivités (cardioïde et omnidirectionnelle) pour une seule capsule.
Il s'agit de la célèbre capsule M7 présente dans le CMV3A, mais avec une tirette qui permet de changer la directivité directement sur le corps. Il peut encaisser jusqu'à 120 dB de pression.
Conçu à l'origine comme un micro de distance pour orchestres et pour la radio, il sera rapidement détourné pour des prises de proximité, chaleureuses et percutantes, pour le jazz et le rock'n'roll naissant.
Il coûtait 400 dollars dans les années 50, soit environ 4 000 dollars en 2021 — trois fois plus que les meilleurs micros à rubans de l'époque. Cela ne l'empêcha pas de s'imposer très rapidement dans les studios du monde entier.
En 1954, la BBC a fait passer un test au Neumann U47 pour une possible utilisation du micro en concert ou en radio. Tu peux trouver l'étude complète ici : downloads.bbc.co.uk/rd/pubs/reports/1954-23.pdf
Les 3 composants qui font le son du Neumann U47
Les 3 aspects déterminants pour le son d'un Neumann U47 sont : la capsule M7, la lampe Telefunken VF14 et le transformateur de sortie Hauffe BV08. C'est l'alliance de ces 3 composants qui crée ce son unique, novateur et si particulier.
Double condensateur à membrane PVC pulvérisée d'or sur contreplaque centrale perforée. Chaque face reçoit une tension de polarisation séparée. La directivité s'obtient par matriçage résistif des membranes.
Lampe en acier chauffant à 55V en courant continu. Développée par Telefunken à la demande de Neumann pour fonctionner sur différents voltages. Utilisée en mode triode malgré ses 5 électrodes de pentode.
Développé par le NWDR (North West German Radio), fabriqué par Hauffe. Impédance de sortie de 200 ohms (modifiable à 50 ohms). Crée un coupe-bas naturel en dessous de 40 Hz, protégeant le signal des rumbles.
Le Neumann U47 est un micro étonnamment simple avec seulement une dizaine de composants. On peut voir en haut à gauche la capsule (ici une K47), la VF14 au milieu et le transformateur BV08 en haut à droite.
Le Neumann U47 avait néanmoins un défaut : il ne maintenait pas un niveau de sortie égal selon la directivité. En cardioïde, il a 5 dB de niveau en plus qu'en position omnidirectionnelle. Ce défaut est dû à la manière dont est conçu le sélecteur de directivité — problème souvent résolu sur les copies via un schéma différent.
1. La capsule M7
Il s'agit de la même capsule M7 que l'on trouvait dans le CMV3A. Elle est constituée d'une contreplaque centrale rigide et perforée. Sur ses deux faces est collée une membrane en PVC pulvérisée d'or. Les deux membranes reçoivent chacune une tension de polarisation séparée via une électrode fixée en leur centre. La contreplaque reçoit également une tension. Cela crée un double condensateur.
On voit bien sur cette photo les 3 électrodes :
- 1 pour la contreplaque (fil jaune)
- 1 pour la face avant (fil rouge avant)
- 1 pour la face arrière (fil rouge derrière)
On obtient différents diagrammes par différentes alimentations et inversions de polarité des membranes. On appelle cela du "matriçage par résistance".
2. La lampe VF14
Si tu as déjà traîné dans les couloirs d'un studio, tu as entendu parler de cette célèbre lampe, ultra-rare, ultra-chère, qui donne au Neumann U47 sa sonorité si particulière. Dans la musique et les studios d'enregistrement, nous sommes surtout habitués aux lampes en verre où l'on peut voir les filaments rougir (ampli guitare, compresseur…). La VF14, elle, est une lampe en acier — une technologie développée en Allemagne entre 1936 et 1938.
À l'origine destinées aux postes de radio, la guerre en décida autrement. La majeure partie des lampes utilisées par l'armée allemande sont en acier. L'EF14 fut notamment utilisée dans le système de guidage des tristement célèbres missiles V2 envoyés sur Londres durant la bataille d'Angleterre.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des réseaux électriques européens ont été détruits. La Berliner Rundfunk (la radio berlinoise) commande à Georg Neumann un micro pouvant fonctionner sur du courant alternatif de différents voltages (110 V, 220 V) et sur du courant continu (105 V, 110 V, 220 V). Telefunken, en coopération avec Neumann, développa donc la VF14 qui chauffe à 55 V en courant continu et fonctionnait en harmonie avec la capsule M7, qui nécessite environ 60 V.
Il existe différentes manières de polariser une lampe, appelé le "mode de polarisation" : automatique et fixe.
3. Le transformateur BV-08
Dans un micro, le rôle d'un transformateur est de symétriser le signal, ce qui permet de transporter le son sur une plus grande distance sans perte ni bruit indésirable. Le transformateur apporte également de la distorsion harmonique : une génération d'harmoniques qui colore le son.
L'impédance de sortie fournie par le BV08 est de 200 ohms, modifiable à l'intérieur du U47 via une vis jusqu'à 50 ohms. Développé par le NWDR (North West German Radio), le BV08 est un modèle particulièrement exceptionnel car produit précisément pour l'audio. À l'époque, la plupart des transformateurs étaient créés pour gérer des courants de puissance et utilisaient donc des matériaux plus économiques.
BV signifie "Bau-Vorschrift" : "Règlement de construction". Il n'y a pas eu un BV08, mais de nombreuses variantes (BV8, BV08, BV-08) avec probablement de petits changements liés aux ressources disponibles — ce qui participe au fait que chaque U47 est différent.
Les différents modèles de transformateurs présent dans les U47, par Olivier Archut :
La construction particulière du BV08 crée un coupe-bas dans les graves, baissant ce qui est en dessous de 40 Hz. Ce qui protège naturellement le signal des "rumbles" dans les infra-basses. Pour les U47 destinés à la radio, la courbe est accentuée allant jusqu'à 120 Hz (10-12 dB par octave). Pour encore plus de détails techniques : tab-funkenwerk.org
Une des premières versions du Neumann U47 "Large Badge" (numéro de série dans les 200), équipée d'un GN107 et de condensateurs rectangulaires
Les accessoires et l'alimentation du Neumann U47
Les U47 étaient fournis avec une alimentation, un câble et une suspension.
Le câble et la suspension
Le câble à prise "Tuchel" qui relie le micro à l'alimentation est nommé UC4. Certains câbles ont un système (nommé swivel) pour fixer le micro directement sur un pied sans utiliser la suspension.
La suspension ("shock mount" en anglais) fournie par Neumann avec le micro se nomme Z-37. Il en existe au moins 2 modèles : sans et avec "vis de serrage".
Sur certaines photos des Beatles aux studios Abbey Road, on peut voir sur les U47 des filtres anti-pop de petites tailles parfaitement adaptés au micro. Ces anti-pop étaient fabriqués "maison" par Abbey Road et non par Neumann.
L'alimentation « NG »
Le U47 était fourni avec une alimentation (PSU) nommée "NG" puis "NG1" pour les derniers modèles. Il était possible de commander les U47 en couple stéréo — dans ce cas, ils étaient fournis avec un double bloc d'alimentation nommé "NG2".
Il existe de nombreuses variantes de bloc d'alimentation : forme du bloc, agencement interne, boutons utilisés, prises XLR standard ou allemande, etc. Ces différences n'ont pas d'incidence sur le son du Neumann U47.
On peut néanmoins différencier 2 modèles : les "early" jusqu'en 1954, qui ont des "bobines d'arrêt" assez sophistiquées effectuant un meilleur filtrage, et les "late" (à partir de 1954), deux fois plus légères.
Mode d'emploi d'époque du Neumann U47 (en anglais)
Le U47 était livré dans une boîte en carton ou dans un coffret avec verrous (selon les époques).
Les différentes versions du Neumann U47
De 1947 à 1965, il a été produit environ 6 800 Neumann U47 : 300 avec le "Large Badge", à peu près 2 950 "Long Body", 2 750 "Short Body" et 800 U48. Voici l'évolution complète.
1947 — Le U47 « Large Badge »
Les 300 premiers U47 ont un gros badge en aluminium. À priori, la seule différence avec les modèles suivants est le transformateur nommé GN107, fabriqué par Neumann Gefell (contrairement aux BV08 fabriqués par Hauffe).
1953 — Le U47 P
Construit en très peu d'exemplaires entre 1953 et 1955 pour Philips, avec un transformateur différent (600 ohms au lieu des 200 habituels) : un corps de U47 avec un système permettant de changer les capsules comme sur un CMV3/A !
L'embout Z2 est un socle sur lequel on peut mettre les capsules interchangeables utilisées au préalable sur le CMV3/A : M7, M8 ou M9. On peut ensuite rajouter l'embout "torpedo" Z1 qui permet d'utiliser les capsules M48a (KK53), M5 ou K4.
Le studio ICP de Bruxelles en possède un exemplaire, ainsi que Peter Claes qui possède un U47P provenant des studios Barclay où ont notamment enregistré Jacques Brel et Léo Ferré. Un micro historique !
1956 — Le U47 « Short Body »
En 1956, Neumann modifie l'agencement des pièces dans le micro, ce qui leur a permis de réduire la taille de 40 mm de hauteur et 3 mm de circonférence. Un détail important à une époque où il fallait encore cacher les micros sur les plateaux de cinéma. On fait donc la différence entre les Long Body (pré-56) et les Short Body (post-56). À priori, cela ne change rien au son.
1956 — Le U48
Produit à partir de 1956, le U48 est identique au U47 si ce n'est qu'il propose la directivité bidirectionnelle à la place de l'omnidirectionnel. Tous les U48 sont des "Short Body". Le U48 subira la même trajectoire que le U47 pour les capsules : d'abord M7, puis K47 en 1960.
La directivité en figure de 8 est très utilisée à l'époque du magnéto 4 pistes pour enregistrer des harmonies vocales en face-à-face sur une seule piste.
Le U48 a une polarisation de capsule légèrement différente : 52,5 V contre 60 V pour un U47. Cela résulte en une sensibilité légèrement inférieure.
La tête d'un U47 et ses directivités sont parfaitement fonctionnelles sur un corps de U48. Le schéma est juste légèrement différent : le U47 utilise 2 pins qui rentrent parfaitement dans un corps 3 pins du U48. Le pin en plus correspond à la directivité bidirectionnelle.
1960 — Le U47a et la capsule K47
À partir de 1960, Neumann remplace les capsules M7 par des capsules K47. Selon Neumann, les K47 sont censées être supérieures, plus consistantes et plus stables. Il existe aussi des U47 pré-1960 dont les capsules M7 ont été remplacées par des K47 lors d'une réparation.
En 1960, Neumann remplace la légendaire M7 par la nouvelle K47. L'architecture générale est conservée mais 2 changements majeurs :
- Le système de fixation de la membrane Sur les M7, la membrane est collée dans une rainure — un procédé délicat et coûteux. Pour la K47, la membrane est fixée via une armature vissée, simplifiant fabrication et entretien. Résultat : tu peux distinguer une K47 d'une M7 en un coup d'œil — la K47 a des vis, pas la M7.
- La matière de la membrane Sur la M7, la membrane est en PVC. Sur la K47, elle est en Mylar. Raison technique : les membranes en PVC sont beaucoup plus difficiles à fabriquer. Raison durabilité : le PVC vieillit plus vite (sèche, perd les aigus et les graves). Lors d'un remplacement (re-skin), le son peut paraître trop brillant.
La capsule K47 est parfois désignée comme K47/49 ou K49 : les capsules Neumann sont constituées de 2 capsules dos à dos, et la K49 désignait les meilleures capsules destinées aux micros proposant plus de directivités (comme le M49). Donc M7, K47 ou K49 : ni mieux, ni moins bien — à essayer, à comparer.
1962 — Le U47n (lampe Nuvistor)
En 1954, Telefunken arrête la production de la VF14. Neumann se tourne vers la lampe Nuvistor 13CW4. La sonorité était complètement différente et bien moins appréciée. Ce fut un échec.
La lampe n'était pas du même format — il était nécessaire de renvoyer le micro chez Neumann ou de faire venir un technicien pour modifier le micro.
Il est aujourd'hui possible pour un technicien spécialisé de modifier le micro pour qu'il puisse de nouveau accueillir une VF14.
Modèles rares et uniques
Le MM2 — micro de mesure
La version micro de mesure du U47 (Measurement Mikrophone). Un corps de U47 Long Body avec une longue tige et une capsule KK50 omnidirectionnelle de 15 mm. Seulement 90 furent construits entre 1948 et 1952.
1954 — Le « MGM Church » : la première copie d'un U47
En 1954, des ingénieurs des studios MGM, dont un certain Stanley Church, fabriquèrent des copies d'un U47 Telefunken pour 3 raisons : remédier aux problèmes de pièces de rechange (l'Allemagne était loin de Los Angeles), faire un micro plus adapté aux voix off de cinéma, et avoir un micro plus petit pour le cacher sur les plateaux.
Il est équipé d'une vraie M7 et d'une lampe "GE 6072". Quand Neumann reçut une commande de 200 capsules M7 de la MGM, ils menèrent l'enquête et arrêtèrent de vendre des capsules à l'unité. David Pearlman propose une copie de ce micro. À écouter ici : youtube.com
Récapitulatif des modèles de U47
| Modèle | Période | Particularité |
|---|---|---|
| Large Badge | 1947–1949 | 300 exemplaires, transformateur GN107, grand badge aluminium |
| Long Body | 1949–1956 | ~2 950 exemplaires, capsule M7, transformateur BV08 |
| U47 P | 1953–1955 | Très rare, 600 ohms, capsules interchangeables (Philips) |
| Short Body | 1956–1965 | ~2 750 exemplaires, 40 mm plus court, même son |
| U48 | 1956–1965 | ~800 exemplaires, directivité bidirectionnelle, 52,5 V capsule |
| U47a | à partir de 1960 | Capsule K47 (Mylar) en remplacement de la M7 (PVC) |
| U47n | 1962 | Lampe Nuvistor 13CW4 — échec commercial, son jugé inférieur |
Telefunken et le Neumann U47
Telefunken GmbH
Telefunken est une entreprise allemande fondée, entre autres, par le Kaiser Guillaume II et Siemens en 1903 pour développer et fabriquer les nouvelles inventions technologiques : téléphone, radio, électricité…
Depuis les années 20 et jusqu'en 1958, Telefunken est le distributeur international des micros Neumann. Dans les studios, on connaît principalement Telefunken pour l'ELAM 251, les préamplis V76, et le fait que les U47 et KM vendus aux USA jusqu'en 1958 portent leur marque.
Jusqu'en 1939, Telefunken n'est qu'un distributeur qui vend des produits qu'il ne fabrique pas. Entre 1945 et 1960, Telefunken se lance dans la fabrication et développe de nombreuses lampes. Durant les années 60, Telefunken fusionne avec AEG et arrête de produire du matériel audio dans les années 70. En 1980, Telefunken est racheté par Thomson-Brandt.
Telefunken elektroakustik — la version moderne
En 2000, Toni Fishman crée Telefunken USA et constate que le nom n'est pas déposé en Amérique. Ils commencent à produire des ELAM 251 en 2002, et en 2008 Telefunken GmbH les contacte pour en faire leur branche "audio pro officielle" — ils deviennent alors "Telefunken elektroakustik".
Ils proposent des rééditions de U47, U48 et ELAM 251, ainsi que leurs propres lignes de micros. Les copies sont issues de "reverse engineering" — ils ont développé ces micros en démontant des modèles vintage. Il n'y a donc a priori pas de filiation directe avec le savoir-faire Neumann, et donc aucune légitimité supérieure comparée aux autres fabricants de copies.
La lampe VF14 : histoire, disparition et alternatives
La célèbre VF14 a été développée en 1945 et apparaît pour la première fois dans le catalogue de Telefunken en 1946. Elle a été fabriquée à la demande de Neumann pour répondre à la commande de la radio allemande d'un micro fonctionnant sur différents voltages.
Pour éviter des frais supplémentaires, Neumann parvient à un accord avec Telefunken : tous les U47 vendus hors d'Allemagne seront des U47 Telefunken. En échange, Neumann aura un accès prioritaire aux VF14 pour les tester minutieusement. Des 27 548 tubes manufacturés de 1946 à 1958, environ un tiers a réussi les très rigoureux tests Neumann et a eu l'honneur d'avoir un "M" (pour "mikrofon") blanc tamponné sur le côté. En général le taux de rejet des lampes est de 20% — pour la VF14 il est de 70%.
Le scandale et la fin
Stéphane Peus, l'actuel directeur développement de Neumann, raconte que face au nombre grandissant de tubes ne satisfaisant pas aux critères, Neumann commença à marquer discrètement les tubes refusés. Ils se rendirent compte que Telefunken leur renvoyait des lampes déjà testées, espérant qu'elles finissent par passer. L'accord est rompu et Telefunken arrête de produire la VF14. Le mot officiel : production arrêtée en mars 1954 à cause d'un prix de fabrication trop élevé.
Neumann fit une dernière commande de VF14 et quand les stocks s'épuisèrent vers 1962, la production du U47 s'arrêta définitivement — laissant suffisamment de temps pour développer le U67.
La situation aujourd'hui : plus aucune vraie VF14M
Les solutions pour remplacer la VF14
A. Remplacement par une autre lampe vintage
- La lampe EF14 Même taille/forme que la VF14, datant de 1939. Environ 10% pourraient fonctionner correctement. Chauffent beaucoup plus (82°C), ce qui influence la capsule. Selon Jean Marnay (Studio Kadence) : "il y a certainement des légères différences, mais le caractère est le même".
- La lampe EF12 Utilisée par FLEA, Wagner, AEG, Voxorama. Déjà présente dans le CMV3/A. Selon Andreas Grosser : "much better than the VF14, UF14 or EF14 tube. Lower noise and much lower microphonic." Pour moxtone, c'est le pire choix car elle ne peut être utilisée en sous-consommation.
- La lampe EF86 La lampe qu'on retrouve dans les célèbres U67. Mod pratiqué à une époque par la marque "Blue". Mauvais match avec la configuration du transformateur BV08 selon Klaus Heyne.
- La lampe AC701 La lampe du M49 et du KM54. Mod pratiqué par Jean Marnay (Studio Kadence) pour créer un micro "à mi-chemin entre le U47 et le M49". Mais face à la rareté croissante des AC701, cette alternative est dangereusement coûteuse.
B. Attention au mod FET — une très mauvaise idée
C. Les nouvelles VF14 — Telefunken VF14K et alternatives modernes
Depuis quelques années, Telefunken elektroakustik propose des "VF14K" à 750$. Selon Brian Fox de Fox Audio Research, la VF14K a +2 dB de niveau de sortie et ses mesures sont très proches des VF14 d'origine, avec une très légère différence de son. Klaus Heyne lui, avance que toutes celles qu'il a testées étaient trop bruyantes.
Leur site est très bien renseigné et instructif : saturn-sound.com
Utilisation, avis d'experts et alternatives au Neumann U47
De 1947 à 1965, il y a eu environ 6 800 Neumann U47 fabriqués. Utilisé principalement pour les voix, on peut aussi retrouver le U47 en overhead mono de batterie (Eric Valentine aime en mettre un au-dessus de la tige de kick près de la snare), sur des contrebasses, devant une guitare acoustique, dans un piano, au-dessus des violons (les Beatles, Eleanor Rigby), face à des amplis guitare et orgue pour les Doors (Strange Days), ou pour une trompette (Ibrahim Maalouf pour ses solos).
Le U47 fut le premier micro utilisé en 1951 par le label "Living Presence" de Mercury pour l'enregistrement en mono de Moussorgsky's Pictures at an Exhibition. En 1955, le premier enregistrement stéréo est réalisé avec un couple de U47 et un Schoeps M201 au centre pour "Dorati conducts Bartok".
Ce qu'en disent les grands ingénieurs du son
Les alternatives pour tous les budgets
On peut trouver des Neumann U47 vintage aux alentours de 15 000 euros (MAJ Mars 2022 : on est désormais plus proche des 30 000 euros !). Il existe de nombreuses alternatives :
| Modèle | Prix indicatif | Type |
|---|---|---|
| Warm Audio WA-47 | ~900 € | Clone accessible |
| Golden Age G1-47 | ~1 500 € | Clone |
| Stal SA-47 | ~1 500 € | Clone |
| Peluso 22 47 LE | ~2 000 € | Réinterprétation (Vance Powell) |
| Church (Pearlman) | ~3 000 € | Copie MGM Church (Al Schmitt) |
| L'atelier du Microphone | ~3 100 € | Clone artisanal |
| FLEA 47 | ~3 700 € | Clone lampe EF12 |
| Vox-o-Rama Type 47 | ~5 500 € | Réinterprétation haut de gamme |
| Telefunken réédition | ~11 000 € | Réédition moderne |
| U47 vintage | ~30 000 € | L'original |
La quête du Neumann U47 ultime est impossible. Il n'existe pas deux U47 qui sonnent de la même façon — changements dans les câbles, la qualité du cuivre, les variantes mineures et le vieillissement des composants font que chaque micro a son identité propre.
Quelle est la différence entre un U47 Neumann et un U47 Telefunken ?
Aucune différence technique. Les U47 vendus en Amérique du Nord étaient distribués sous la marque Telefunken jusqu'en 1958. Le logo était apposé en toute fin de chaîne de montage. Intérieurement, ils sont absolument identiques.
M7 ou K47 : quelle capsule est la meilleure ?
Ni mieux ni moins bien — différent. La M7 (PVC) est plus brillante dans les hauts médiums. La K47 (Mylar) est plus douce, plus riche dans les bas-médiums et sonne mieux sur les voix masculines selon Klaus Heyne. La M7 vieillit plus vite (sèche). La K47 est plus stable et plus facile à fabriquer.
Vaut-il mieux acheter un U47 vintage ou une bonne copie ?
Marc Henry le dit clairement : il vaut mieux chercher le clone qui marche bien plutôt que d'acheter un vrai U47 sans lampe de rechange. Les prix sont ahurissants (30 000 € et plus), et chaque U47 vintage est différent — du sublime au décevant. Une bonne copie avec une lampe correcte fera souvent l'affaire, avec la différence à investir dans d'autres équipements.
Quel préampli associer à un Neumann U47 ?
Le U47 est extrêmement sensible au préampli. Pierre Jacquot recommande un Neve 1073, 1081 ou 1084 en pleine forme, ou un très bon clone type BAE série 10 (format rack, pas 500 !). Sylvia Massy l'utilise directement dans un Neve 1073, suivi d'un UA 175b ou Sta-Level puis d'un 1176LN.
Aller plus loin dans l'histoire Neumann
L'aventure continue avec le M49 et le M50 — les successeurs du U47 dans les studios du monde entier.
Lire l'article sur le M49 et M50



