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En 1932 sort le CMV3A. Le corps du CMV3 et tout le système d’amplification reste identique mais on peut désormais changer de capsule et équiper le micro de 3 capsules différentes :

  • La M7 : directivité cardioïde 
  • La M8 : directivité bi-directional
  • La M9 : omnidirectionnel 

La capsule est toujours constituée d’une membrane en PVC qui est pulvérisée avec de la poussière d’or. De nos jours, les seuls fabricant à proposer des capsules en PVC sont Microtech Geffell et Thirsh. Il existe des débats sur l’épaisseur en micron du PVC mais là, on rentre dans du méga technique de technicien…

La M9

La M9 est une capsule à capteur de pression, sans doute une évolution de la capsule CM5.

Capsule Neumann M9
Elle a un beau shelve à partir de 6Khz et elle est très directive à partir de 2Khz.

Pour utiliser la capsule M9, il faut équiper le CMV3A de l’embout “torpedo” identique aux CMV3. Il est d’ailleurs impossible de différencier de loin un CMV3 d’un CMV3A équipé d’une M9.

La M8

La capsule M8 est une capsule à gradient de pression bidirectionnel (sans doute la première).

La  membrane souple est située dans une armature avec des ouvertures de chaque coté. Les sons provenant des côtés arrivent en même temps à la membrane et sont donc annulés. La capsule est plus sensible aux ondes sonores en provenance de l’avant et de l’arrière, nous avons donc une polarité en forme de huit dit “bidirectionnel”. Les lobes polaires sont hors-phase l’un par rapport à l’autre. On repère l’avant comme étant le côté de la membrane où les surpressions créent des tensions positives. Contrairement à la M9, tous les ports acoustiques sont traversants.

Capsule Neumann M8

La M7

La célèbre M7 utilise un procédé révolutionnaire et inspirera tous les microphones statiques de l’histoire. C’est la première capsule proposant une directivité cardioïde. Elle donnera ses lettres de noblesse au U47.

Il s’agit de 2 membranes cardioïde dos à dos avec une électrode fixe centrale, ce qui créé un double condensateur. L’électrode fixe et rigide est perforé. Il mélange les caractéristiques des deux capsules précédentes: des trous traversant comme la M8 et des trous non traversant comme la M9.

Capsule Neumann M7

Chaque capsule reçois une tension de polarisation séparée via deux électrodes distincts. On obtient différents diagrammes par différentes alimentations et inversion de polarité des membranes. On appelle ça du matriçage par résistance.

Pour le moment, pour la M7, seule la face avant est alimentée et ne peut donc fournir qu’une directivité cardioïde. Pour les U47 et le M49 c’est sur cette alimentation que l’on jouera pour obtenir différentes directivités.

Dans cette vidéo sur la fabrication d’un U87 on voit très bien les deux membranes d’une K87 (une évolution de la M7, on reparle de ça plus tard).

Nous pouvons différencier le M7 d’autres modèles car la membrane est collée à la contreplaque (contrairement aux K47 et K87 où elle est vissée) et l’électrode qui capte les variations électrique du condensateur est située au milieu de la membrane (contrairement à une capsule de type CK12 que l’on retrouve sur les micros AKG C12 ou C414)

Les M7 et M8 sont dites « lollipop » ou « sucette » de par leur forme. La seule manière de les différencier visuellement est le nom ou le symbole de directivité à leur base (pas présent sur les premiers modèles).

Les capsules sont fixées au corps du micro via un embout de type baillonette comme sur les vielles ampoules : on pousse puis on tourne.

La M7 et la M8 ne sont pas fixées au micro via l’embout « torpedo » on doit donc changer le haut du micro avec cette pièce (2 visses)
Il existe des versions plus tardives (pour le CMV563, on en parle plus tard) où la M9 est disponible en modèle “lollipop” pour faciliter le changement de capsules. (on remarque d’ailleurs que la grille est plus large).

La capsule M7 pouvait s’incliner ou pivoter ce qui était très utile notamment pour les tournages !
Tournage en 1944

Les lampes

Évolution du CMV3, le CMV3A est toujours munie d’une triode RE084K. En 1935 elle est remplacé par une RV2P800 puis en 1939 par une pentode EF12K moins bruyante.

Une histoire trouble

L’arrivée du CMV3 coïncide malheureusement avec l’arrivé du nazisme en Allemagne et le régime fasciste utilisera les différentes avancées technologique allemande pour se mettre en valeur (comme les enregistrements sur bande magnétique qui permettait de diffuser des discours de propagande de très bonne qualités audio à toute heure).  

Le CMV3A est malheureusement surnommé le « Hitler’s mic », il existe en effet de nombreuses photos du dictateur prononçant des discours dans différents modèles de CMV3A dont certains avec des rallonges « col de cygne » pour distancer le corps du micro de l’interlocuteur. 

Il est surtout connu pour avoir été utilisé lors de la cérémonie d’ouverture des JO de 1936 ou Hitler proclame “l’ouverture des jeux olympiques” pendant quelques secondes. Il s’agit du premier test en direct de la capsule M7 et du tout premier broadcast radio international retransmis dans le monde entier en direct. On estime à 300 millions le nombre de personnes qui ont écouté la retransmission. Encore un grand pas dans l’histoire pour Georg Neumann !

De plus il sera utilisé durant la seconde guerre mondiale pour les discours et meetings politique, la radio etc… Il a notamment été utilisé pour l’émission « Germany Calling » une émission de propagande allemande destinée aux anglais diffusé depuis Hambourg. La capsule utilisée pour cette émission a été récupérée par un soldat allié et vendue aux enchères dans les années 2000.

Si vous allez aux studios ICP de Bruxelles vous aurait peu être l’occasion d’utiliser un CMV3 orné d’un symbole nazi…(aie) micro qui a souvent le droit à un coup de gaffeur!
Des CMV3A utilisé par lors de discours.

Distribution et numéros de série

Quasiment chaque modèle que j’ai trouvé en ligne est différent : Telefunken, Neumann, gravure en haut, en bas, taille, couleur, finitions… Donc si vous voulez en acheter un, soyez vigilant!

Les CMV3 et CMV3A sont distribuées à l’international dans plus de 41 pays par Telefunken sous différentes nominations, ces numéros sont souvent gravés dans le corps du micro ou de la capsule :

  • CMV3 avec capsule CM1 : ELA M027/1 ou Ela MZ 027/1
  • CMV3 avec capsule CM5 : ELA M026/2
  • CMV3A : ELA MZ028/1
  • CMV3A avec M7 : ELA M 302/2
  • CMV3A avec M8 : ELA M 303/1
  • CMV3A avec M9 : ELA M 301/2
  • La capsule CM5 : Ela MZ 026/2
  • La Capsule M7 : ELAMZ 031/1    
  • La Capsule M8 : ELAMZ 032/2

Il porte parfois aussi son nom de Broadcast Allemand : 

  • CMV3 :    M1 ou M1-1
  • CMV3A :  M1-1a

PDF avec plus de détails : http://www.analog-service.com/mikrofon-neumann-telefunken-cmv3.html

La collection complète ! Photo : Reverb

En Conclusion

Ce micro a toujours une excellente réputation mais est assez rare, fragile et a un faible niveau de sortie. Marche pour presque tout : Voix, guitare acoustique, violons, orchestre… Contrairement à l’U47 ou à l’U87 Il y a peu de clone, car il est peu connu et il est encore un peu associé a Hitler.

Attention à ne pas le confondre avec les différents modèles de CMV proposé par Neumann Geffell et RFT après la guerre. Ce sont des micros différents. sur lesquelles je reviendrais plus tard.

Il est rare d’en trouver complet et en bonne état mais comptez entre 2000 et 10000 euros. Il existe une réédition par Blue à 4000 euros qui est parait il très bien (Avec une EF86) mais serait inspiré d’un micro RFT. Pendant un temps Wunder audio proposait une réédition.

Ce micro a quand même pas mal de souffle et pour une utilisation « moderne » il est conseillé de le faire modifier par un technicien notamment en changeant les condensateurs qui on presque 100 ans,  « augmenter la tension de résistance de charge » / « booster le voltage de la capsule »

Marc Henry de “L’atelier du microphone“.

« Great for drum room sounds in traditional recording spaces. »

Hans-Martin Buff (Prince, Scorpion…)

« The one I’ve used a lot had an M7 Cardioid capsule on it, it sounded like a 47 to an extent, just with less 2-3k push. It had a similar low mid character to a 47 too. Of course every 47 I’ve used have all sounded different too. But the CMV’s are some of my favorite mics, wish I had one! »

Reese Murphy (Fort Worth, USA)

« Fuck yeah. Amazing mic. Huge sounding. Maybe not quite as smooth and nuanced as a 47 but utterly wonderful massive tubey sound. Class. » 

Tim Bazell (London, UK)
Exemple d’utilisation du CMV3A sur une voix.

Sources :

L’auteur : Léo Chupin « Captain chup » est ingénieur du son, réalisateur/producer et assistant aux Studios de Meudon. Il est diplômé de l’Abbey Road Institute Paris.


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