Le M50 partage tout avec le M49 : le boîtier, l'électronique, la lampe, les accessoires, et même le bijou sur la tête — rouge sur le M49, blanc sur le M50. Le seul moyen de les distinguer à distance. Mais derrière cette ressemblance parfaite se cache un micro fondamentalement différent, conçu pour un usage radicalement différent.
Là où le M49 est un micro universel à directivité variable pour les voix et les instruments en proximité, le M50 est un transducteur de pression à capsule omnidirectionnelle de petite taille, pensé dès le départ pour capter les orchestres à distance. C'est cette différence de conception — et notamment sa sphère acrylique qui génère un shelve de +5 dB vers 2,5 kHz — qui en fait le cœur de l'arbre Decca et la référence absolue pour la musique classique et les musiques de film depuis plus de 70 ans.
La capsule à sphère acrylique et le shelve à 2,5 kHz
Le M50 est équipé d'une capsule omnidirectionnelle de petite taille — la KK50, d'abord en PVC imprégné d'or, puis en aluminium, puis en nickel (KK53, utilisée sur la série KM50), et enfin en mylar (KK83, utilisée pour la série KM80). Mais c'est ce qui entoure cette capsule qui fait toute la singularité du M50 : une sphère en plastique acrylique de 40 mm qui crée un shelve de +5 dB vers 2,5 kHz.
Il s'agit d'une capsule dite de champ diffus — à la différence des capsules de champ direct (qui atténuent les hautes fréquences) et des capsules de champ libre (réponse plate). Ce choix rend également le micro progressivement plus directionnel dans les aigus : la prise est omnidirectionnelle en basses fréquences, mais se resserre de plus en plus au-dessus de 1 000 Hz. C'est une directivité variable en fréquence — le seul micro à ma connaissance qui présente cette caractéristique.
Lire les courbes du M50
La comparaison entre la réponse du M49 en mode omnidirectionnel et celle du M50 est éclairante. Les courbes ci-dessous montrent deux choses essentielles : d'abord, que le M50 présente bien ce shelve dans le haut du spectre absent chez le M49 en omni ; ensuite, que la directivité du M50 dans les aigus se rapproche de celle du M49 en cardioïde — ce qui explique sa capacité à localiser précisément les sources à haute fréquence tout en captant le bas du spectre de manière uniforme dans toutes les directions.
Les évolutions du Neumann M50
Sur les 20 années de production, le M50 a connu plusieurs modifications significatives — capsules, lampes, circuit électronique. Chaque révision a amélioré le rapport signal/bruit et la stabilité. Voici la chronologie complète.
| Année | Version | Modifications |
|---|---|---|
| 1951 | M50 original | Capsule K50 en PVC plaqué or, lampe Hiller MSC2 |
| ~1952 | M50a | Capsule KK53 en aluminium |
| 1954 | M50 | Remplacement de la MSC2 par la lampe AC701K Telefunken |
| 1957 | M50b | Nouveau transformateur de sortie BV11, changements de circuit — réduction de la distorsion, augmentation de la sensibilité. Diaphragme KK53 passe de l'aluminium au nickel à partir de 1958 |
| 1961 | M250 | Version broadcast avec connecteur Tuchel 7 pins résistant aux radiofréquences. Le M250b (nov. 1961) est équivalent au M50b. Le M250c (1964) correspond au M50c |
| 1964 | M50c | Changement du fonctionnement de la lampe de "polarisation fixe" à "autopolarisation" — bruit de fond réduit de 4 dB. De nombreux M50 et M50b ont été convertis en version c par la suite |
| 1965 | M50c | Capsule remplacée par une KK83 en mylar plaqué or. Plus tard, le K83 sera également utilisé pour réparer les anciens M50 dont le K53 n'était plus disponible |
Le M50 Fet — la conversion Decca
Le studio Decca de Londres a converti de nombreux M50 de leur collection en version à transistor FET pour pouvoir fonctionner avec du 48 V et pallier l'éternelle crise des lampes Telefunken. Ces micros ne sonnèrent jamais comme les originaux et la plupart furent vendus. On en retrouve parfois sur le marché de l'occasion, avec des schémas variables — certains très mal assemblés.
Les versions de mesure : MM3U et MM5
Il existe des versions micro de mesure nommées MM3U et MM5, équipées d'un transformateur BV14 différent. Des pièces extrêmement rares, destinées à des applications de mesure acoustique précise.
Un son unique : la directivité variable en fréquence
Si le M50 règne toujours en maître sur l'arbre Decca et les prises de "rooms", c'est grâce à cette directivité si particulière. En comparaison, le M49 utilisé en omnidirectionnel devient bidirectionnel dans les aigus et capte donc tout un tas de réflexions — ce qui peut tendre à réduire la transparence et la précision de la source.
Le M50 capte ce qu'il faut, où il faut
Il va par exemple cibler et localiser précisément les aigus des violons, tout en captant le reste du spectre de l'instrument de manière uniforme : dans l'axe, mais également son "son global" dans la pièce. De plus, le haut du spectre est dans le shelve — il est donc amplifié par rapport au bas. Les réflexions de pièce sont concentrées dans le bas du spectre, mais captées à un niveau inférieur aux aigus.
Tout cela tend à un équilibre remarquable de la captation : le M50 est omnidirectionnel là où c'est utile (graves, corps des instruments, profondeur de l'espace) et progressivement directif là où ça compte (localisation des sources, image des aigus). Un équilibre que nul autre micro n'a reproduit à ce niveau.
Ce qu'ils en disent
— Pierre Jacquot
— Bruce Sweden
— Hans Martin Buff
Pour conclure sur le M50
Avec moins de 1 000 unités fabriquées, le M50 est encore plus rare que le M49. Estimés entre 8 000 et 15 000 euros, ils se trouvent souvent en sets de 3 ou de 5. Son utilisation est principalement restreinte aux grands studios équipés d'un plateau conséquent pouvant accueillir des orchestres complets — les studios Abbey Road en possèdent 17. Pour un arbre Decca de M50, comptez plus de 40 000 euros avec la coûteuse structure permettant de les installer correctement (environ 1 000 dollars chez AEA, Grace Design Ambient ou Sabra Som).
Le M50 et l'arbre Decca
C'est en mars 1954, lors d'une session pour le Mantovani Orchestra au studio Decca de Londres, que les ingénieurs Roy Wallace et Arthur Haddy inventent l'arbre Decca : trois micros Neumann montés en triangle sur une structure en T, fixée en hauteur derrière le chef d'orchestre. Ils trouvèrent que ça ressemblait à un arbre de Noël — et le nom est resté.
La configuration standard, trois M50 espacés d'environ 2 mètres, est adoptée définitivement en 1964, après des années d'expérimentation entre la philosophie de Roy Wallace (arbre seul, image 3D naturelle) et celle de Kenneth Wilkinson (appoints sur les extérieurs pour élargir l'image et définir les pupitres). Aujourd'hui, l'arbre Decca est toujours présent sur toutes les grandes sessions d'orchestre — et le studio 1 d'Abbey Road en possède 17 exemplaires.
Toutes les bandes originales de vos films préférés — Indiana Jones, Star Wars, Harry Potter, RoboCop, Alien — ont été enregistrées avec un arbre Decca de M50, renforcé de micros de proximité. Sa directivité variable en fréquence est la raison de sa domination : omnidirectionnel dans les graves pour la profondeur de salle, progressivement directif dans les aigus pour la localisation des pupitres. Une image large, précise et profonde simultanément.
On retrouve également le M50 sur des rooms de batterie, des enregistrements de piano et parfois des voix — mais c'est l'orchestre qui reste son terrain de jeu naturel.
Le M50V — la réédition officielle
Le très attendu M50V est une réédition fidèle aux spécifications d'origine, basée sur la documentation originale de Neumann. Il s'agit d'une réédition de la dernière version des années 1960, le M50c — avec les améliorations rendues nécessaires par l'évolution des technologies et de l'environnement électromagnétique.
Ce qui change — et ce qui reste identique
Retour à la conception acoustique originale avec diaphragme métallique ultra-fin — comme le K53 recherché. Mais en titane : plus léger, plus rigide, meilleure stabilité thermique et mécanique à long terme. L'ensemble de la capsule (membrane, plaque arrière, boîtier) est en titane.
Même circuit que le M50c. La lampe Telefunken AC701k, plus disponible, est remplacée par un modèle encore plus silencieux au format subminiature — déjà éprouvé dans le M49V.
Le connecteur résistant aux radiofréquences du M250 (version broadcast) est adopté. L'ancien connecteur à baïonnette, non disponible depuis des décennies, n'offrirait plus une résistance suffisante dans les environnements modernes (réseaux mobiles, Wi-Fi).
Bloc d'alimentation linéaire (non à commutation, pour des raisons sonores) qui adapte automatiquement la tension de chauffage optimale selon la lampe détectée — compatible avec tous les anciens M50. Comprend un contrôle de directivité (sans effet sur le M50V, capsule omni fixe). Même bloc que le M49V.
La suspension améliorée et le flight case
Le M50V conserve l'emblématique étrier — le système qui a largement contribué à la popularité du M50 grâce à sa flexibilité de positionnement. La nouvelle version intègre des éléments de découplage mécanique et un support de câble pour supprimer les bruits de structure liés aux câbles. L'ensemble est livré dans un flight case de haute qualité fabriqué à la main en Allemagne, comme le microphone lui-même.
M50V vs M50 original : le bilan
| Caractéristique | M50 original (M50c) | M50V |
|---|---|---|
| Capsule | KK83 (mylar plaqué or) | K33 Ti (titane ultra-fin) |
| Lampe | AC701k Telefunken | Lampe subminiature nouvelle génération |
| Circuit | M50c (autopolarisation) | Identique M50c |
| Connectique | Baïonnette (plus disponible) | Résistante aux RF (issue du M250) |
| Alimentation | NN48b / N52 | NM V (auto-adaptatif, compatible anciens M50) |
| Fréquence de coupure basse | Variable selon version | 12 Hz (-3 dB) — réglable à 30 Hz via S4 interne |
| Livraison | Mallette d'époque | Flight case fabriqué à la main en Allemagne |
La lampe AC701K — le cœur des M49 et M50
Comment parler des M49 et M50 sans évoquer la célèbre AC701 ? Les M49 et M50 sont les premiers micros à utiliser cette lampe d'exception — primordiale dans l'histoire de Neumann et dans l'histoire du microphone avec un grand H.
Encore une lampe Telefunken mythique au destin tragique. Elle est le résultat d'une collaboration entre Telefunken et la Rundfunk (la radio allemande). Contrairement aux autres lampes (VF14, EF86), elle a été développée uniquement pour être utilisée dans des micros. C'est une triode de 4 volts — et c'est la première lampe "chauffée indirectement" : la cathode et le filament sont deux pièces distinctes qui ne se touchent pas et sont isolées l'une de l'autre.
On la retrouve notamment dans les KM53/54/56/64/66, SM2, M49, M50, M249, M250, M269, M367, SM69 — ainsi que dans les Schoeps M211, M222, les AKG C12 et les Telefunken ELA M251. Des micros qui partagent tous ce son "naturel" et "précis".
Identifier sa lampe AC701
"Sans distorsion" — ce sont théoriquement les meilleures lampes, destinées aux micros. Attention : le K peut être noté sur la lampe elle-même ou seulement sur la boîte.
Un numéro de série débutant par "U" suivi de 2 lettres (parfois 2 chiffres) indique une fabrication avant 1965 à l'usine Telefunken d'Ulm.
À partir de 1965, toutes les lampes sont produites au cahier des charges "K". Numéro de série à 7 chiffres se terminant par "03" (3e version/révision de la lampe).
Les lampes de l'usine d'Ulm (Telefunken) sont marquées d'un point rouge — meilleures. RFT fabriqua également des AC701 (parfois nommées AC761) marquées d'un point blanc, destinées aux micros RFT/Gefell — beaucoup plus bruyantes.
Acheter une AC701 vintage : le guide de survie
Sur eBay, les AC701 se vendent entre 500 et 2 000 euros. Mais l'achat est risqué : il est impossible de savoir dans quel état est la lampe. Même une NOS (New Old Stock — lampe neuve jamais utilisée) peut avoir du souffle. Il y a de nombreuses arnaques : des lampes très suspectes, des lampes "jamais utilisées" avec des traces de soudure apparentes. Il est parfois nécessaire d'en tester des dizaines pour en trouver une présentant les caractéristiques techniques nécessaires pour un usage studio.
Drefahl Audio a développé une AC701-FD, et Phaedrus en propose des rééditions entre 200 et 300 euros d'une qualité remarquable. Il existe également des modèles russes à la qualité variable.
Quelle est la différence entre le Neumann M50 et le M49 ?
Le M49 et le M50 partagent le même boîtier, la même électronique et la même lampe. La différence est dans la capsule : le M49 est équipé d'une grande capsule à double membrane permettant de choisir la directivité (cardioïde, omni, bidirectionnel), tandis que le M50 est équipé d'une petite capsule omnidirectionnelle entourée d'une sphère acrylique de 40 mm. Cette sphère génère un shelve de +5 dB vers 2,5 kHz et une directivité variable en fréquence — omnidirectionnel dans les graves, progressivement plus directif dans les aigus. On les distingue visuellement uniquement par la couleur du bijou : rouge sur le M49, blanc sur le M50.
Pourquoi le Neumann M50 est-il le micro de référence pour l'arbre Decca ?
Sa directivité variable en fréquence est la clé. En basses fréquences, il capture l'espace et la profondeur de la salle de manière omnidirectionnelle. En hautes fréquences, il devient progressivement directif, ce qui permet de localiser précisément les sources (aigus des violons, attaques des cuivres) tout en évitant les réflexions parasites. Couplé à son shelve de +5 dB vers 2,5 kHz qui compense la perte de hautes fréquences en champ diffus, il donne une image sonore large, précise et profonde simultanément — des qualités que l'on retrouve rarement réunies dans un seul microphone.
Le Neumann M50V est-il compatible avec les anciennes alimentations M50 ?
Partiellement. Le M50V ne doit pas être utilisé avec d'anciennes alimentations (NN48b, N52), car la nouvelle lampe subminiature nécessite une tension de chauffage légèrement supérieure à l'AC701k. En revanche, l'alimentation NM V livrée avec le M50V est compatible avec tous les anciens microphones M50 : elle détecte automatiquement la lampe et fournit la tension de chauffage optimale. Elle s'adapte également automatiquement à la tension du réseau local.
Découvrir le Neumann M49
Même boîtier, même lampe AC701 — mais une grande capsule à directivité variable de cardioïde à bidirectionnel. Le micro de référence pour les voix depuis 1950, utilisé par Elvis, Adele, Bob Dylan et des centaines d'autres.
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