Rencontre avec l’ingénieur du son IRKO

Une fois n’est pas coutume, pour ce nouveau reportage, je traverse l’océan et je vais même un peu plus loin, puisque je suis à Los Angeles en intimité avec un immense ingénieur du son, j’ai nommé Irko.

IRKO

Si vous êtes fan de musique urbaine, Hip Hop où ce genre de chose, vous avez certainement déjà entendu le travail de Irko. Arrivé à New York avec ses origines italienne, il a collaboré avec des grands comme : Jennifer Lopez, Kid Kudi, Jay-Z, Snoop Dogg, Kannye West… Pour n’en citer que quelques uns.

J’ai toujours suivi avec attention le travail d’Irko à travers les réseaux sociaux et notamment sa chaîne youtube. On correspond depuis longtemps, jusqu’au jour où il me demande de venir compléter ma série de reportage.

Je n’ai pas hésité un seul instant et je suis plus qu’honoré qu’un ingénieur de cet envergure, nous livre ses conseils !

Difficile de trouver les bonnes questions à poser à ce genre de personnalité car il y aurait tellement à dire, mais c’est avec une grande simplicité qu’il s’est confié à moi :

  • Irko, tu es un ingénieur du son très réputé dans la profession, tu as été récompensé de nombreuses fois, tu as mixé des milliers de titres au niveau international et ton CV est impressionnant ! Comment tout ça a commencé ?

Merci beaucoup Nicolas !
C’est pas évident pour moi de résumer mon parcours en quelques secondes, mais je vais essayer de te donner les points essentiel. Lorsque j’étais enfant, j’ai toujours été attiré par tout ce qui concerne l’audio. Je me souviens lorsque mon père rentrait à la maison avec sa voiture, je m’empressais de vouloir changer les réglages de l’auto radio, comme les EQ ou ce genre de chose, dans le but de faire sonner les sons encore mieux.

Je devais avoir 7 ou 8 ans, quelque chose comme ça, puis tout ça s’est transformé comme une sorte “d’attention” à la musique et aux sons en général. Puis à l’âge de 10 ans, je découvre le Hip Hop, ce qui peut paraître très étrange pour un italien car nous n’avions pas beaucoup d’influence rap américaine en Italie à cet époque, en tout cas pas autant qu’aujourd’hui avec internet et tout ça…

Par la suite, je suis devenu un passionné de musique et plus particulièrement par le Hip Hop et cette passion a évolué vers le “DJing” et la production de son. Très vite, j’ai été amené à travailler dans un studio, puis d’autres et 10 ans plus tard, je me retrouve à New York à faire des disques avec d’immenses artistes….

Irko

  • Comment fais tu avec la quantité de projets que tu réalises pour être toujours autant inspiré ?

Oui c’est pas toujours facile quand je suis surchargé de projets notamment ceux où je peux passer 2 à 3 mois sur des mixages en travaillant tous les jours ! Bien sûr après plusieurs heures à écouter la musique de mes clients, la seule chose que j’ai envie de faire est d’écouter d’autres choses et c’est pas toujours facile.

Voilà pourquoi j’aime prendre du temps pour retrouver de l’inspiration en écoutant de nouveaux morceaux, j’entends par là des sons que je n’ai jamais entendu, cela peut être de la musique des années 70 comme des musiques très modernes venant juste de sortir.

Tu vois, travailler sur l’écoute des sons m’aide beaucoup, et quand tu vois la circulation à Los Angeles, j’ai énormément de temps pour en écouter en voiture ! C’est là je pense que je puise pas mal de mon inspiration pour l’apporter ensuite sur les projets de mes clients.

  • Tu produis beaucoup de son Hip Hop, est ce que tu as une approche particulière pour organiser une séance de prise ou de mix ? C’est très différent d’une session “acoustique” quel est ton approche par rapport à ça ?

Oui j’ai fait beaucoup de Hip Hop, j’ai réalisé beaucoup de disques Hip Hop, j’ai commencé en produisant des sons, et aujourd’hui j’enregistre et je mixe essentiellement des albums ou des singles dans ce style.

Pour l’enregistrement, si je réalise un projet que je vais devoir mixer ensuite, c’est particulier puisque je vais aborder l’enregistrement en sachant précisément ce qui va se passer ensuite. C’était différent à une époque, puisque je ne faisais que de l’enregistrement donc ma méthode à vraiment évolué dans ce sens.

Une de mes règles de base : “Less is more”. Respecter le    son naturel des instruments

Tu disais que c’est très différent d’enregistrer des instruments acoustiques et tu as tout à fait raison, ma règle de base dans ce cas là est “Less is more”. J’essaye toujours de travailler le son en respectant au maximum le naturel par rapport aux caractéristiques de l’instrument, son volume, sa place dans l’espace etc…

Et dans ce cas de figure, je préfère travailler avec du matériel analogique, contrairement à une production electro ou urbaine parce que peu de choses vont être captés par des micros mis à part les voix. C’est pour moi la meilleure façon de retransmettre naturellement toute la matière sonore des instruments, seule la bande est capable de faire ça !

Si tu vas sur ma chaîne Youtube tu pourras trouver quelques reportages dans lesquels je montre différentes approche lors de séances que j’ai faite qui explique en détails tout ça.

  • Tu as travaillé dans de nombreux studios tous aussi prestigieux les uns que les autres, est ce que tu as des petites préférences niveau matériel par rapport à ta manière de travailler ?

Oui je travaille dans différents studio depuis 15 ans, mais ça va changer prochainement puisque je vais avoir un tout nouveau studio, mais c’est une autre histoire… quoi que j’espère que tu en parleras dans un futur reportage !

Niveau matériel, ça va dépendre du type de projet sur lequel je travaille, si par exemple je travaille avec un groupe je vais partir sur un studio qui propose un large choix de préampli ou avec une Neve ou quelque chose du genre et même chose pour le mix, si mes clients exigent un mixage analogique, je choisirai de mixer sur une SSL, mais il m’arrive aussi très souvent de mixer juste dans un Protools.

Donc tu vois, il n’y a pas vraiment de trucs que j’aime particulièrement (peut être, mais là comme ça, ça me vient pas) ça dépend vraiment du type de séance que j’ai à faire, si c’est de la prise, du mix, si c’est avec un groupe ou juste un rappeur, si mon client ou l’équipe qui accompagne l’artiste est avec moi quand je travaille, tout ça va déterminer mon choix sur le lieu et le matériel que je vais choisir.

Mais ceci dit, il y a bien deux trois trucs comme une paire de NS10 pour mixer, elle m’aide vraiment pour ça, une belle collection de plugins, et surtout que le studio soit acoustiquement juste où du moins le plus juste possible, ce genre de choses quoi…

  • Je sais que tu “testes” beaucoup tes mixs sur différents supports, comment sais tu lorsque qu’un mix est terminé ?

IrkoOui effectivement je sors pas mal de version que j’appelle “test” que j’écoute à différents volumes, sur différents supports, comme des écouteurs, des casques audio de bonne qualité, toujours à des volumes différents, Ca me permet d’entendre les extrémités du spectre. Même chose avec les enceintes, j’utilise différentes tailles à différent volumes, et aussi beaucoup en voiture.

J’écoute régulièrement aussi sur des supports mono, mais les seuls supports sur lequel je n’écoute pas sont les téléphones et les ordinateurs portables. Je fais ça à différent moments mais je ne le fais pas systématiquement sur tout évidement.

En général, je sais quand mon mix est fini, si je commence à modifier la balance d’un instrument comme une guitare ou la voix en l’augmentant ou la diminuant de quelques db et que j’entends que le mix ne fonctionne plus. A ce moment là, je sais que mon mix est fini.

  • Qu’est ce que tu ressens quand tu écoutes la version final ?

Ah ça, c’est le meilleur sentiment qu’on peut avoir dans un projet mais plus précisément quand j’enregistre le mix. J’entends à travers le son, l’énergie et le temps passé à travailler dessus. On parle parfois de 10, 15, 20 heures et parfois plus, réunis dans 3 minutes de musique ! (rires) c’est fantastique !

Aussi quand j’enregistre les versions instrumentales et les acapellas etc et que j’écoute les différents composants de la musique, je suis souvent seul et il y a un grand calme dans le studio et c’est assez cool aussi (rires).

Irko

  • Si tu avais un conseil à donner à ceux qui souhaite devenir comme toi un grand ingénieur du son, tu leur dirais quoi ?
Il faut se sentir comme si tu avais besoin d’apprendre pour devenir meilleur et d’un autre côté il faut se dire que l’on peut atteindre des sommets !
Imagine une ligne qui séparerait d’un côté un sentiment comme si tu avais envie de devenir meil-leur, tu te dis que tu n’es pas assez bon, ce genre de choses… Et de l’autre, se sentir comme le pire des ingénieurs du son qui soit (rires)… Je pense qu’il faut être un peu entre les deux pour pouvoir avancer.

Si vous êtes seulement dans l’un des deux cas, c’est plus difficile de progresser de la même manière que si tu te sentais comme je sais pas, le meilleur skate-boarder du monde par exemple, tu ne peux pas t’améliorer puisque tu te dis que tu es parvenu au sommet et tu n’as plus rien à apprendre.

Donc il faut se sentir comme si tu avais besoin d’apprendre pour devenir meilleur et de l’autre côté il faut se dire que l’on peut atteindre ce sommet. Il faudrait être entre les deux, entre le meilleur et le pire tout ça avec le même cerveau (rires). Si on arrive à ça, je pense qu’on peut arriver à avancer, mais pas seulement que dans la musique mais aussi dans la vie de tous les jours…

IRKO :

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