Prise de son stéréo

Prise de son

Comment réaliser des prises de son stéréo ?

20 juin , 2015  

La  prise de son stéréo :

Vous avez sans doute lu déjà plein d’articles sur ce sujet, donc je vais essayer de faire une espèce de “récapitulatif” de manière simple sur les techniques de prise de son stéréo. Je ne vais pas m’attarder sur l’aspect théorique qui serait plus ennuyeux qu’autre chose, mais surtout sur les techniques qui “marchent” et comment les utiliser.

Qui dit prise de son stéréo, dit forcement 2 micros donc 2 canaux ou 2 pistes. A part la prise de son stéréo par la technique MS qui utilise deux capteurs de type différent (cardioïde et bi-directionnel), toutes les autres techniques de prise de son en stéréophonie exigent deux capteurs parfaitement identiques au niveau de leurs caractéristiques. Donc pour un rendu optimal et naturel, il faut utiliser des couples de micros dit “appairés”. 

La prise de son stéréo peut être employée dans des applications aussi variées que les instruments individuels, les petits ensembles ou les orchestres complets. Le but d’une bonne prise de son stéréo est de capturer avec précision une source sonore avec une symétrie gauche-droite similaire à la perception des sources sonores qu’ont nos oreilles.

Il est vrai que nous écoutons le monde qui nous entoure en stéréo, grâce à deux oreilles semblables, et c’est bien avec ces dernières que nous entendons ce qu’il se passe dans le studio, et l’instrument que l’on doit enregistrer. Pour pouvoir détecter la meilleure zone de placement de micro, nous utilisons nos oreilles et donc la stéréo. Le gros avantage, c’est que nos oreilles sont parfaitement alignées.

Prise de son stéréo

Plusieurs facteurs doivent être pris en compte avant de déterminer quelle est la meilleure technique de prise de son stéréo à adopter. Bien que les résultats varient en fonction de la directivité des micros, il est souvent nécessaire d’utiliser la distance par rapport à la source sonore pour déterminer la quantité de réflexion de la pièce à mélanger avec la source. Il faut veiller aussi à la bonne compatibilité mono, même si ce système de diffusion est de moins en moins utilisé (ou si vous mixez pour un vinyle), il est important de s’assurer du bon rendu en mono. Vous verrez que suivant la technique choisi, nous aurons une meilleure compatibilité que d’autres. On appelle ça la coïncidence de phase. Certaines ont les micros bien rapprochés et d’autres plus éloignés. Et bien évidement plus ils seront éloignés et plus la mise en phase sera plus délicate. Il faudra donc bien choisir suivant le type de source à enregistrer et le rendu souhaité.

La  prise de son stéréo :

Prise de son stéréo : Technique XY

La technique XY nécessite un couple de micros à directivité cardioïde qui vont être disposés aussi proches que possible l’un de l’autre de manière à ce que leurs capsules forment un angle. Le micro de gauche capture le signal venant de la droite et vice versa. Si 90 degrés est l’angle qui est le plus utilisé, la fourchette de fonctionnement se situe environ entre 60 et 135 degrés. Plus l’angle est large et plus le champ stéréo perçu sera étendu. Généralement, la distance par rapport à la source sonore combinée avec l’envergure stéréo voulue (la largeur de la scène par exemple) permet de déterminer l’angle approprié.

Prise de son stéréo

Prise de son XY

L’utilisation d’une directivité cardioïde signifie que cette configuration rejette les signaux qui parviennent de l’arrière. (Vous pouvez également faire l’essai avec des micros super-cardioïdes afin qu’une meilleure isolation soit assurée entre les images acoustiques gauches et droites). L’avantage de cette config, c’est qu’elle à une très bonne coïncidence de phase donc une très bonne compatibilité mono. Si vous augmentez la distance entre la paire de micros et la source, la séparation stéréo diminue et davantage de réflexions venant de la pièce sont capturées. En général, la technique X-Y, qui utilise des cardioïdes, génère une image stéréo précise présentant des réflexions acoustiques minimales, bien que la séparation ne soit pas aussi significative qu’avec d’autres techniques de prise de son stéréo.

Prise de son stéréo : Technique ORTF

Conçue par l’ancienne agence de diffusion nationale française, l’Office de Radio Télévision Française, la technique ORTF vise à imiter l’emplacement des oreilles de la tête d’un adulte. Deux capsules cardioïdes sont placées à 17cm l’une de l’autre et forment un angle de 110 degrés. Selon un document de chez Schoeps, cette distance peut varier de 2 à 30 cm ainsi que l’angle de 0 à 180°. La directivité des capteurs alliée à l’ouverture du couple accentue le rapport d’intensité entre les capteurs et favorise une meilleure localisation. La technique ORTF peut produire une image et une profondeur aussi large que la technique Blumlein, mais l’utilisation de cardioïdes a pour effet de capturer beaucoup moins de réflexions réverbérées.

Prise de son stéréo

Prise de son en ORTF

La distance spécifiée pour la technique ORTF assure la cohérence de phase des longueurs d’onde inférieures à environ 500 Hz. Les décalages temporels ou incohérences de phase au-dessus de cette fréquence contribuent généralement à donner une impression de séparation stéréo associée à la perception d’une qualité de son ouverte ou aérienne. La technique ORTF offre en outre une compatibilité monophonique suffisante. Afin de ne pas provoquer de “sensation” de trou au centre, il faudrait que cette homogénéité des lobes en fréquence soit parfaite sur au moins 60° de part et d’autre de l’axe des microphones utilisés. Dans tout autre cas, on doit rechercher quel est le meilleur angle d’ouverture du couple par rapport aux capteurs employés de façon à éviter ce fameux “trou” au centre.

Prise de son stéréo : Le couple A-B

Cette technique de couple A-B nécessite encore une fois 2 micros appairés séparés de 40 cm jusqu’à plusieurs mètres. Ce type de couple est souvent utilisé dans le cas de prises de son de grands ensembles orchestraux. Ils sont normalement placés à la même hauteur que les interprètes, même si les mettre en hauteur peut améliorer le côté “ambiance” (pour peu qu’on est une bonne pièce). Si cette technique offre une profondeur et une image stéréo excellentes, le centre du champ peut avoir tendance à être moins net mais  la phase des signaux ainsi que le phénomène d’antériorité sont respectées.

On peut, lors de l’utilisation de ce type de couple, utiliser : soit, des micros omnidirectionnels qui offrent généralement une très bonne réponse dans le grave et présentent l’avantage (grâce à leur lobe de directivité) de mettre très en avant l’acoustique du lieu dans lequel ils sont utilisés. Soit, dans le cas de distance de prise de son impérativement plus importante, ou d’acoustique particulièrement réverbérante, des micros hypocardioïdes ou cardioïdes, et même, des micros du type canon. Dans le cas de prise de son stéréo en A-B.

Prise de son stéréo

Couple A-B

Nombreux sont les ingénieurs du son qui considèrent que cette technique de prise de son stéréo est la mieux indiquée pour enregistrer des sons de grandes orgues ou d’ambiance acoustique (intérieur ou extérieur) et également pour l’enregistrement des différents canaux qui conforme le son surround.

Prise de son stéréo : Technique MS (Mid-Side)

La technique de prise de son stéréo Mid-Side utilise un traitement spécial pour capturer des images stéréo très précises tout en assurant une excellente compatibilité mono. Un micro “mid” ou “central” (en français) est placé en face du centre de la source sonore et capture les sons qui seront placés au centre. Un micro bi-directionnel en 8 “side” ou “latéral” est placé sur le même axe vertical, ses lobes en face des côtés droit et gauche, ce qui lui permet de capturer les informations des extrémités droite et gauche qui capteront les sons destinés aux côtés (side). Contrairement aux couples AB et ORTF il présente l’avantage d’une parfaite compatibilité stéréo/mono (pas de problème d’antériorité, pas de problème de phase)

Prise de son stéréo

Prise de son Mid-Side

Le gros avantage de ce type de prise de son stéréo est de permettre une variation de la largeur du champ stéréophonique au moment du mixage final et ce, en usant de tous les angles d’ouverture possible d’un couple virtuel stéréophonique entre 0 et 120°. Au 0° d’ouverture, seul le microphone cardioïde est pris en compte. Nous sommes bien dans le cas d’une prise de son monophonique. Dans tous les autres cas, c’est un dosage de modulation entre le capteur cardioïde et le bidirectionnel qui va permettre l’élargissement ou le rétrécissement progressif du champ stéréophonique.

L’autre avantage proposé par ce système est qu’au moment de la prise de son, les deux modulations issues des microphones peuvent être enregistrées séparément sur deux pistes. Ce qui fait que l’on effectue avec ce couple un enregistrement qui n’a strictement rien à voir avec de la stéréophonie puisque nous aurons le micro cardioïde sur une piste, et celle du micro bi-directionnel sur l’autre.

Cette configuration ne devient stéréo que lorsque les signaux ont été traités à l’aide d’une matrice d’encodage M-S. Le résultat est une traduction très précise du champ d’écoute stéréo. La présence d’un contrôle de balance M/S sur l’encodeur permet également à l’ingénieur du son de contrôler le rapport signal central/signal latéral, et donc l’ampleur perçue du champ stéréo. L’ingénieur du son dispose dans ce cas, entre son couple et l’enregistreur, d’un boîtier de “matriçage” “passif” ou “électronique” équipé d’une sortie casque qui lui permet d’entendre dans celui-ci la répartition stéréophonique de son choix sans que celle-ci n’influe sur la prise réalisée et enregistrée.

Prise de son stéréo

 

Pour un matriçage sur une console d’une prise de son stéréo MS, vous aurez besoin de 3 tranches :

1 – La tranche  “M” du cardioïde, panoramique au Centre,
2 – La tranche “S” du bidirectionnel, panoramique à Gauche,
3 – De récupérer cette tranche (de préférence en post-Fader), d’en inverser la phase par commutation interne à la console ou en utilisant un câble croisé et de l’envoyer dans la 3e tranche, fader à 0 dB, panoramique à droite.

Il vous suffit alors de mixer entre la tranche 1 (Mono) et la tranche 2 (Stéréo) pour doser mais aussi élargir ou rétrécir le champ stéréophonique en augmentant ou diminuant le niveau de la voie 2 (ceci à condition d’avoir soutiré la modulation de la voie 2 après fader. Dans tout autre cas, jouez sur les faders 2 et 3 simultanément).

Prise de son stéréo

Prise de son stéréo : La technique Blumlein :

La technique de prise de son stéréo Blumlein, qui doit son nom au pionnier britannique en matière d’enregistrement stéréo Alan Blumlein, nécessite 2 micros à directivité en 8 (bidirectionnelle). Rappelez-vous que les directivités en 8 capturent aussi bien les sons des deux côtés, tout en rejetant fortement ceux qui parviennent à 90 degrés de l’axe de ces côtés.

Avec la technique de prise de son stéréo Blumlein, deux micros bidirectionnels (directivité en 8) sont orientés de façon à former un angle de 90 degrés, leurs côtés positifs faisant face aux côtés gauche et droit de la source sonore. Du fait du rejet latéral des sons inhérents à la directivité en 8, la zone la plus sensible d’un micro correspond à la zone de moindre sensibilité de l’autre micro.Tandis que les diagrammes se chevauchent au centre, les signaux de chacun des deux micros diminuent de 3dB et la combinaison des deux diagrammes permet la capture d’un signal central uniforme.

Prise de son stéréo

La configuration Blumlein génère une très bonne séparation stéréo. De plus, les deux micros à directivité en 8 étant sensibles similairement au niveau des lobes arrières, cette configuration capture également les réflexions importantes de la pièce. Cette technique de prise de son stéréo présente toutefois des inconvénients. Le fait que l’arrière du micro de gauche capture également les réflexions provenant de la partie arrière droite de la pièce provoque une mauvaise compatibilité mono. En outre, des sons réverbérés provenant des côtés de l’espace acoustique peuvent pénétrer le lobe positif de l’un des micros et le lobe négatif de l’autre, ce qui donne la sensation d’une mauvaise localisation et/ou d’effets de creux qui peuvent gêner. A cet égard, il est préférable d’utiliser la technique Blumlein dans les cas de figure où la source sonore, l’espace acoustique et le placement des micros sont optimaux. Ceci étant rare, d’autres techniques stéréo offrant un meilleur contrôle lui sont souvent préférées.


4 Réponses

  1. Maire dit :

    Bonjour, très bon site et super bien détaillé. J’ai une question qui me taraude sur un enregistrement de piano à queue: est il possible d’avoir le même rendu M/S en utilisant 2 micros cardios placé sur une barre de couplage en directivité latérale doite-gauche + un micro toujours cardio placé au centre. La matriçage se faisant en console (inversion de phase à droite pour la prise de son de ma piste micro droit )et ces 2 pistes Sid regroupées et réinjectées à part avec ma piste Mid sur mon DAW ?
    Je n’ai jamais trouver de sites (anglais ou français) qui pouvaient expliquer cette (possible) variante.

    Voici le matos utilisé: _Micros NT 1 RODE (couple Sid)
    _Micro KM 184 (Mid)
    _ Prise de son son et matriçage fait avec une console Korg D 1600
    _Logiciel Pro TOOLS 12 pour le repiquage des pistes+ traitement pour le mix.

    Merci de pouvoir me répondre et ce serait cool de faire un sujet sur les prises de son d’un piano.

    • Bonjour,
      L’intérêt du mid side est que pour la partie side on a des informations “différentes” entre la gauche et la droite, avec deux cardios, la stéréo ne sera pas bien représentée, à la limite il faudrait utiliser un troisième micro disposé à l’opposé de l’autre pour la stéréo, mais j’ai peur qu’une barre de couplage ne soit pas bien adapté, il faut que les 3 cellules soit le plus proche possible pour un rendu efficace, sinon le décalage de phase ne fera pas une stéréo équilibré.

  2. très belle article, bien détaillé, clair et précis, j’apprends beaucoup sur ce site

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